m@rie

Mai 2008

La suite, je voulais l'écrire et enfin me libérer mais
Finalement, les détails, on s'en fout.
Moi, je suis au bout, j'ai juste quitté ma vie, j'ai tout laissé
J'ai pas voulu me retourner car l'Amour
Ca n'a pas de justification, je l'aimais, c'est tout
Assez pour briser tout autour
Ca se justifiait pas.

On a voulu s'aimer. Très fort. Bien conscients des conséquences. Pour ne pas trahir et pour ne pas se trahir, la seule solution était de partir et de vivre cet amour, si beau, si fort.
On a mis nos conjoints au courant, nos enfants... enfin, les miens, juste... il avait oublié de me dire qu'il s'était arrêté en chemin et que c'est moi toute seule qui allais à ma perte. Lui, il avait déjà fait demi tour.

Mai 2008. Je fais le point, je suis lucide, je ne suis pas pessimiste, pas folle, pas encore au bout (d'ici, je vois encore la carte orange).

Mai 2008, je vis, j'ai mal.
Mai 2008, je ris, j'ai mal.

Alors, je fais le point et je me dis que si je ris encore, c'est bien.

29 octobre : Je tombe dangereusement amoureuse

10 novembre : Nos conjoints sont au courant, nos enfants (les miens en fait...) sont au courant.

20 novembre : Les enfants ont adoré notre nouvelle maison avec assez de chambres pour tous (7 en tout)

30 novembre : Nous avons acheté tout ce qu'il faut avec notre crédit conso commun (le micro onde est pas rouge, c'est un peu bête mais c'était plus cher, il faut acheter les lits)

Oups, c'était une semaine plus tôt. Le 30 novembre, j'avais signé le bail.
Il était 13 heures, froid et ensoleillé, comme j'aime................ Oui. Je fais une pause entre deux pages de cahier du jour. Il appelle. Il est mal. Je le sens. Il parle peu. J'ai peur. Je sais déjà. Je meurs depuis hier. Je t'aime.
Retour aux cahiers du jour puis.
Il est en route pour signer le bail.

16H00 : Dans la classe, on apprend à écrire. Moi, je n'ai pas dormi depuis le 29 octobre. Je vis.

La sonnerie du portable retentit dans ma classe mauve où mes gosses tirent la langue sur le « b en attaché ».
Un texto :
Tout est annulé. Je n'ai pas signé le bail. Je me le pardonnerai jamais.

30 novembre. Il est 16h10 et je meurs (I'm dying, diraient ceux qui parlent anglais, je suis en train de mourir là, maintenant... et c'est pas fini quand je parle)
Je              n'ai              pas               signé              le              bail.
Je coule au rythme des lignes tordues des « b en attaché », je glisse sur ma chaise comme l'encre rouge sur les lignes des cahiers, mes membres tombent. Je meurs.

30 novembre. Je vis. Toujours le 30 novembre et je meurs toujours. C'est pas fini.
Les petits dans la voiture, on rentre... à la maison.

17H30. Je sors de la voiture, les enfants sains et saufs. Je peux mourir s'il vous plait ?
Une phrase :
« Bon, tu te remets et ... tu te cherches un appart. »

15 décembre : On m'annonce qu'ils m'installent l'électricité le 26 décembre. Ah ? Je vis là. Je vis toujours.

17 décembre : Ils devaient installer le gaz aujourd'hui. Pas passés.

J'alerte, je crie, je hurle. Noël approche.

21 décembre : Le gaz est là. Ma chaudière s'allume pas. Mon sac de plage rempli de livrets d'évaluation, j'échoue sur le comptoir du bar de l'appart glacé, immense, invisible dans le noir. . . J'évalue mes gosses et je ne suis qu'à eux. A la bougie. Oh ! Je vis encore. Merci mes gosses.

La chaudière ne démarre pas, je m'acharne. J'appelle au secours. Noël approche..
La sonnerie du portable fait vaciller la flamme de la bougie. « Sois forte. Je suis avec toi. Ton amoureux. » Je meurs pas maintenant.

Au fait, j'achète un sapin pour Noël ?

Noël : Trop tard pour le sapin. C'est pas grave, j'emménage. Les enfants sont en famille. Sans moi.

Mai 2008. Mon métier m'a sauvé la vie. Mes gosses m'ont sauvés et je ne les oublierai jamais. Je ne sais pas si ma carrière sera longue mais eux, ils m'ont portés comme je les ai portés. J'ai bien travaillé, ils ne m'oublieront pas non plus. Je sais.
Ce soir, j'apprends que je les perds. La « CAPD » a tranché pour moi, elle a dit qu'il fallait que je galère encore un peu. Oui, je sens bien que je vis là, merci.

Des parents se réunissent. Ils écrivent une lettre à l'Inspecteur Académique de l'Oise.
Je fais un copié/collé et j'ai les larmes au fond du cœur.

Cette lettre, c'est le fond, c'est la forme.
Je dis, c'est pas moi, c'est vos gosses. Remerciez- les eux !

Ils vont me dire : « Tu nous donnes ton adresse maîtresse pour qu'on t'écrive une lettre ? ». Vous vous rappelez au début de l'année, le tout premier jour, je vous avais demandé pourquoi on apprendrait à lire cette année plutôt que de faire autre chose ? » Vous aviez été saisis par la question, déconcertés. Vous m'avez tous répondu que c'était pour faire plaisir à papa et maman, que c'est parce qu'on est au CP et au CP, on lit, maîtresse, parce qu'on a 6 ans, on est à l'école des grands...

« Oui ! Mais pourquoi ? Vous avez envie d'apprendre à lire vous ? Vous en avez besoin ? »

Merci les gosses.

Mai 2008 : Je vis. Je ris. J'ai mal.

 

Vos commentaires

1 Le Samedi 17 Mai 2008 à 14:40 GMT+2, par cynthia

Et moi, je tremble...Mais je dis, la vie est bella. La roue n 'a pas fini de tourner??? tu t 'en prends encore un ptit coup sur le coin de la gueule??? oui, tu vis, normal...Ne t 'attends pas à ce qu 'elle s'arrête de tourner, la roue...parce que les coups de merde, les coups de clagon, ils apprennent une chose, une vraie, tu vis, et tu sais super bien le faire, vivre...vivre et être heureuse...parce que la vie, n'est-elle pas exceptionnelle???? ( la vie, si, la capd et les clowns qui faisaient peur aux rêveuses illuminées, j 'ai beau y réfléchir, non...)
Je t'embrasse fort ma cops.

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